Et si on disait du mal?

Que celui dont la langue n’a jamais persiflé jette la première pierre… Nous avons beau savoir qu’il est vilain de dire du mal de nos camarades, nous ne pouvons pas nous en empêcher. En famille, au travail, entre amis : que cachent ces petites perfidies, un peu honteuses mais tellement réjouissantes ?

Ah, le savoureux plaisir de la médisance, petite méchanceté partagée sur le ton de la confidence ! Entre amis, collègues ou en famille, cela fait du bien de dire du mal. Des autres, bien sûr. À leur insu et avec des accusations infondées, c’est plus drôle. Un comportement réservé aux pervers manipulateurs ? Chacun sait que ce n’est pas bien de médire. Et personne n’aime passer pour une langue de vipère. Mais rares sont ceux qui partent quand l’histoire est croustillante… Pourquoi plongeons-nous irrésistiblement dans ce plaisir coupable ?

Médire crée du lien social. Deux inconnus se sentiront plus familiers s’ils médisent sur un tiers que s’ils en disent du bien. Ils s’assurent ainsi de partager les mêmes valeurs. À cela s’ajoute le délicieux frisson de la transgression, puisque la norme sociale implicite veut que l’on soit aimable et positif. Celui qui dit du mal prend donc le risque d’être mal vu. Pourtant, c’est le contraire qui advient : l’air sincère, le médisant montre à son interlocuteur qu’il lui fait confiance. Touché, ce dernier est alors plus disposé à partager, à son tour, ses secrets. Nous médisons pour dire nos angoisses, solliciter du réconfort, de l’aide… Pour dire indirectement du bien de nous et de celui qui nous écoute, complice. Nous avons aussi le plaisir d’attiser la curiosité, de monopoliser l’espace de parole, de signaler que nous détenons des informations… Lire la suite »

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